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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 01:13

Dans sa politique extérieure et commerciale, Kiev reste partagé entre son attirance pour l’Union européenne et la realpolitik, qui le pousse dans les bras de son voisin russe.

14.04.2011 | Tatiana Ivjenko | Nezavissimaïa Gazeta

 

Au printemps 2010, Vladimir Poutine, fort de l’embellie des relations russo-ukrainiennes, avait invité l’Ukraine à rejoindre l’accord douanier qui unit la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan [voir ci-dessous]. Kiev était resté un temps évasif, avant de refuser, alléguant l’impossibilité d’être à la fois membre de cette union douanière, de l’Organisation mondiale du commerce et de la future zone de libre-échange avec l’Union européenne.

Les choses n’ont guère bougé jusqu’à début mars, lorsque le vice-Premier ministre russe, Igor Chouvalov, s’est rendu à Kiev pour proposer à l’Ukraine d’avancer dans son intégration européenne grâce aux efforts conjoints de tous les partenaires de l’Union douanière (UD). Chiffres à l’appui, il a démontré à ses interlocuteurs qu’à ce jour l’adhésion de l’Ukraine à l’UD serait la solution la plus intéressante pour elle du point de vue économique et que, d’ici quelques années, peut-être en 2015, la CEI [qui réunit 11 des 15 anciennes républiques soviétiques] serait devenue si puissante qu’elle pourrait signer collectivement un accord de libre-échange avec l’UE.

Deux semaines plus tard, Vladimir Poutine déclarait qu’en cas de refus de l’Ukraine de se joindre à l’UD les autres membres seraient contraints de dresser des barrières commerciales à leurs frontières, puisqu’en s’ouvrant à l’UE Kiev allait devenir une menace pour ses partenaires de la CEI, dont les marchés risquaient d’être envahis par des produits d’importation faiblement taxés qui transiteraient par l’Ukraine. Kiev n’a manifesté aucune réaction officielle à cette déclaration.

De graves dissensions

Début avril, les négociations sur la zone de libre-échange entre l’Ukraine et l’UE se poursuivaient toujours à Bruxelles. Des sources proches de ces discussions affirment que le dialogue est difficile. Il ne serait déjà plus question pour l’Ukraine de devenir bientôt membre associé de l’UE (la création d’une zone de libre-échange est l’une des étapes dans cette voie). Les dissensions se sont aggravées avec la publication dans un grand quo­tidien ukrainien d’une interview de Valeri Mountiïan, chargé de la coopération avec la Russie et les pays de la CEI dans le gouvernement ukrainien. Il y disait que l’adhésion à l’Union douanière était en débat et pourrait être réglée avant l’été, tout en confirmant la complexité de la tâche : “Cela nous conduirait à augmenter nos taxes sur 762 types de produits, et nous devrions en discuter avec les membres de l’Organisation mondiale du commerce.”

Si l’Ukraine envisage de se lancer dans un parcours aussi complexe, ce serait, selon M. Mountiïan, dans la perspective d’accroître de 35 % ses échanges avec ses principaux partenaires de la CEI et d’obtenir des compensations, telles que la levée des taxes douanières sur l’énergie et une réduction significative des prix du gaz. En 2010, le poids des pays de l’UE dans le commerce extérieur de l’Ukraine était de 29,6 %, contre 40,2 % pour les pays de la CEI.

Cette interview a fait l’effet d’une bombe car elle confirmait la récente déclaration d’Ulrike Hauer, directrice du département commercial et économique de la délégation de l’UE en Ukraine, qui constatait : “Nous avons des doutes sur la sincérité des intentions ukrainiennes dans les pourparlers sur l’accord d’association et la zone de libre-échange.”

Torpiller les négociations

Les propos de M. Mountiïan auraient été confirmés par Moscou, où Alexeï Likha­tchev, le vice-ministre du Développement économique, aurait annoncé que la question des compensations à accorder à l’Ukraine en cas d’adhésion de celle-ci à l’Union douanière était bien à l’étude.

Mais, dès le soir du 5 avril, Kiev démentait officiellement les déclarations de M. Mountiïan par la bouche d’Oleg Volochine, porte-parole du ministère des Affaires étrangères : “Aucune discussion n’est en cours au sujet d’une adhésion à l’Union douanière. Notre priorité est de rejoindre au plus vite l’Union européenne, et le premier pas consiste à signer un accord d’association qui implique une zone de libre-échange. C’est vers la concrétisation de cet objectif que tendent à ce jour tous les efforts de l’administration ukrainienne.” Il a par ailleurs répété que l’appartenance de l’Ukraine à l’OMC était incompatible avec une entrée dans l’UD. Le même jour, Nikolaï Azarov, le Premier ministre ukrainien, démentait les propos de M. Mountiïan au sujet des mécanismes de compensation, assurant que le réexamen du calcul des prix pour le gaz russe livré à l’Ukraine n’avait jamais été lié à des projets d’intégration.

Les politologues soulignent la fébrilité des officiels ukrainiens. Pour Vladimir Zastava, expert de l’Institut [de sondages] Gorchenine, “comme on sait que l’accord sur la zone de libre-échange avec l’UE ne prévoit pas que l’Ukraine fasse partie de l’Union douanière, les déclarations de M. Mountiïan doivent être considérées comme une provocation destinée à torpiller les négociations qui se déroulent à Bruxelles”.

Le directeur des programmes internationaux du Centre Razoumkov [centre d’étu­des économiques et politiques, à Kiev], Valeri Tchaly, estime pour sa part que la pression exercée par la Russie n’aura pas d’effet sur la direction que prendra l’intégration économique de l’Ukraine. “En politique étrangère, l’adhésion à l’UE, avec 56 % des Ukrainiens qui y sont favorables, est une priorité qui s’impose d’elle-même.”

 

Source: Le Courrier International.

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Published by salzenstein - dans Ukraine
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