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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 19:27

Envers et contre tous les droits, A Gray (Haute-Saône), la famille tchétchène Aoucheva (5 enfants) a été expulsée ce matin. Laëla Aoucheva (née en 1973, arrivée en France en novembre 2007), son mari Ayub Aouchev (né en 1972, arrivé en France le 25 mai 2007) et leurs 5 enfants (de 3 à 12 ans) sont arrivés de Tchétchénie via la Pologne.

Laëla Aoucheva a fui la Tchétchénie en 2004 après que son véhicule ait été écrasé par un char russe, le conducteur tué, et elle blessée légèrement près de l’oeil, aux côtes et à la jambe. Elle devait être opérée en juin. Ayub Aouchev a dû fuir aussi lorsqu’il a été rattrapé dans la forêt et a alors subi diverses violences (coups sur le crâne). Plusieurs certificats médicaux attestent de la fragilité et de la détérioration de leur état de santé.

Les 5 enfants, 4 filles et un garçon en France depuis près d'un an, qui adorent parler français, sont scolarisés à Gray, 2 en maternelle, 2 en primaire et l’aînée au collège, elle qui ne quitte jamais son livre d'histoire de France dont elle est très fière. Leurs résultats sont excellents et l'on devine chez eux une soif d'apprendre.

Première arrestation le 19 mars 2008, en même temps qu’une autre famille tchétchène. Toutes deux sont transportées et mises en rétention à Oissel d’où elles sont libérées deux jours plus tard. Pour les Aouchev, le juge des libertés et de la détention statue sur l’atteinte à la vie des enfants que constituerait une expulsion et donne ainsi tort à la préfecture de Haute-Saône qui ne lâche pas.

Elle fait appel, sans résultat pour Laëla, gagne pour Ayoub qu’elle assigne à résidence. Nouveau recours : la préfecture perd à nouveau le 4 avril, Ayoub est libéré du pointage quotidien. La bataille juridique se poursuit entre l’avocat et la préfecture, c’est Dublin 2 contre le respect du droit français.

L’avocat dépose un recours en référé suspension qui doit être jugé le 30 mai. La solidarité locale joue à fond pour protéger la famille, mais la tension est très lourde, dure à supporter pour la famille, et particulièrement pour la maman, dont le 15 mai, un certificat de santé très complet du CHU de Besançon atteste l’aggravation de l’état de santé.

Laëla redoute une expulsion partielle, et à la demande de la famille, les précautions s’allègent et la famille se retrouve réunie depuis huit jours, dans leur appartement, celui là même qu’occupait la famille Raba.

La préfecture se doute-t-elle qu’elle risque à nouveau de perdre sur le fond ?

Mercredi 21 mai, jour des enfants, dès 6h moins le quart, les gendarmes sont en bas de l’immeuble. A 6 heures ils pénètrent, et en 40 minutes la famille est embarquée pratiquement sans bagages par 5 véhicules de gendarmerie, 19 gendarmes, et conduite à Dole (39), sans doute à l’aéroport de Tavaux.

8h 22: Laëla parvient à passer un coup de fil. La famille est à bord d’un avion sans doute privé, spécialement affrêté, le tout aux frais des contribuables.

En fin de matinée, l'avion s'est posé en Pologne et la famille a été remise aux autorités polonaises... Persécutions, acharnement, violence psychologique dévastatrice dans cette arrestation soigneusement préméditée, organisée et menée de bout en bout avec le maximum de secret. 19 gendarmes affectés à la réussite d’une opération de destruction, à l’arrachement de toute une famille à son quartier, à ses voisins solidaires et ses soutiens, qui jour après jour les ont aidés à retrouver un peu d’humanité. 5 chaises vides à l’école, et que répondra-t-on aux questions des copains de classe ? La chasse aux familles bat son plein: négation du droit à la santé, violation du droits des enfants à une scolarité régulière et suivie, mépris du droit français et des procédures engagées. Ceux qui étaient là, accourus au petit matin, ne sont prêts d’oublier l’extrême dignité des parents, leurs mots de remerciements, les cris et le regard des enfants embarqués dans les véhicules des gendarmes.

Patrice Salzenstein (RESF)

Source: Libération du mercredi 21 mai 2008

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