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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 11:12

À la veille de la présidentielle de dimanche, le pays apparaît de plus en plus tirée à hue et à dia entre les politiques de puissance conduites autant par Moscou que Bruxelles, ce qui a alimenté l’arrière-plan des joutes électorales.

Avec la révolution orange, en 2004, et l’arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko et d’Ioulia Timochenko, l’intégration européenne a constitué l’objectif numéro un des dirigeants ukrainiens. Que reste-t-il aujourd’hui de cette politique, six ans plus tard, alors que les Ukrainiens vont participer ce dimanche aux élections présidentielles ?

Sous la présidence de Viktor Iouchtchenko, Kiev a développé une politique euro-atlantiste tous azimuts, comme l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2008, la mise en place d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne. Elle a aussi tenté de devenir membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), malgré un désaccord d’une large partie de son opinion publique et une vive opposition de Moscou.

Cette politique a été très fortement accompagnée, voire suscitée par Bruxelles, ce qui a prévalu dans la démarche en faveur de la mise en place d’un partenariat privilégié. L’Ukraine, l’un des plus grands pays d’Europe, joue en effet un rôle stratégique par sa position géographique et ses frontières communes avec quatre pays membres de l’UE, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Hongrie, et avec l’un des principaux partenaires commerciaux et diplomatiques des Vingt-Sept, la Russie.

L’UE entendait, par cette politique s’appuyant sur la volonté d’une partie des élites ukrainiennes, pousser le pays à couper le cordon ombilical avec la Russie. Ainsi, 494 millions d’euros seront versés sous forme d’aides entre 2007-2010 à Kiev, qui intégrera deux initiatives européennes : la politique européenne de voisinage (PEV), en 2003, et un partenariat oriental, en mai 2009. La première vise à s’entourer d’un « cercle d’États amicaux et bien gouvernés ». Et la seconde entend renforcer la sécurité énergétique, le libre-échange économique, et combattre l’immigration irrégulière.

Il s’agit ainsi, en fait, de répondre aux critères de l’UE, sans en faire partie. Kiev représente en effet un enjeu géostratégique considérable pour Bruxelles, pour trois raisons : « C’est un pays de transit pour le gaz russe, une puissance économique à fort potentiel de croissance et un partenaire commercial de premier plan », fait remarquer à juste titre Mathilde Goanec dans le Monde diplomatique (juin 2008) qui ajoute à cela un quatrième critère, essentiel aux yeux des eurocrates : « La stabilité du pays conditionne la politique sécuritaire de l’Europe à sa frontière orientale. »

Aujourd’hui, la volonté d’élargissement de l’Union européenne vers l’Est est quelque peu révisée après le conflit russo-géorgien d’août 2008 qui a marqué un certain retour de la Russie sur la scène internationale et dans l’espace post-soviétique. Car Moscou est redevenu un allié stratégique sur de nombreux dossiers pour l’Europe et les Occidentaux (énergie, Afghanistan-Pakistan, Iran). Le changement d’attitude de la France vis-à-vis de Kiev est symptomatique. Nicolas Sarkozy, lors de la présidence française de l’UE, en 2008, pendant le conflit entre Russes et Géorgiens, avait répété à plusieurs reprises sa volonté de donner une impulsion nouvelle au partenariat Europe-Ukraine. Aujourd’hui, Pierre Lellouche, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a clairement fait savoir que l’adhésion n’était pour l’instant plus d’actualité. De même, ce dernier a signé avec ses homologues britannique et allemand une lettre adressée aux Ukrainiens enjoignant le pays d’adopter « des mesures de libéralisation » mais aussi des relations « sans problème avec la Russie ».

Les promesses d’une Ukraine au cœur de l’Europe, qui avaient accompagné la victoire des « Orange », il y a cinq ans, apparaissent donc déjà loin. À la veille de la présidentielle de dimanche, les principaux candidats l’ont bien compris et usent beaucoup moins de la rhétorique pro-européenne, misant de nouveau sur des relations plus approfondies avec la Russie. D’autant que les décisions libérales souhaitées par l’UE ont coûté cher au pays qui a été touché de plein fouet par la crise économique, recevant une aide du FMI en échange d’une politique d’austérité accrue. L’Ukraine sera-t-elle condamnée au statut d’éternel candidat à l’adhésion et de simple garde frontière des Vingt-Sept ?

Vadim Kamenka

Repères :

- 45 millions d’habitants - 14 millions de russophones - 604 000 km2 de superfi cie - Frontières avec la Russie, la Biélorussie, la Pologne, la Slovaquie, la Roumanie, la Hongrie et la Moldavie. - Chômage : 10 %

 

Source: L'Humanité.

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Published by salzenstein - dans Elections - Politique
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