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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 00:53

http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article/illustrations/article/2010/08/Khimki.jpgLa suspension du chantier de construction d'une autoroute qui devait traverser une forêt proche de Moscou marque un recul sans précédent du pouvoir face à la contestation populaire.

27.08.2010 | Mikhaïl Rostovski | Moskovski Komsomolets

 

Le 26 août, la Russie a connu une "grande révolution verte". Pour la première fois, la fameuse verticale du pouvoir a plié sous la pression d'une opinion publique en colère. Le parti de la majorité, Russie unie, a soudain proposé au président Dmitri Medvedev de stopper la construction de l'autoroute qui doit traverser la forêt de Khimki. Pour 99 % des Russes, la raison qui a poussé les pouvoirs publics à changer d'avis dans la bataille autour de la forêt de Khimki reste un mystère. Nos dirigeants ont peut-être pris conscience que leur attitude du "ça passe ou ça casse" risquait de causer beaucoup trop de dégâts. Mais il est fort possible qu'il s'agisse d'une habile manœuvre politicienne, qui sera suivie d'une puissante campagne de propagande, après laquelle le chantier de l'autoroute reprendra sa progression.

Néanmoins une chose est sûre : l'appel que le parti Russie unie a lancé le 26 août à Dmitri Medvedev afin qu'il "calme le jeu" dans l'affaire Khimki ne relève pas de son initiative. On croirait revivre ce qui s'est passé à la fin de 2007 lorsque Boris Gryzlov, chef du parti, s'était vu suggérer de proposer à Poutine [alors à la fin de son second mandat de président] le nom de Dmitri Medvedev, et pas un autre, comme candidat à sa succession. Dans le cas qui nous occupe, le principal est moins la sauvegarde des arbres que la façon dont se prennent les grandes décisions politiques en Russie.

La manière qu'a un Etat de gérer les mégachantiers controversés constitue toujours un reflet de son système politique. Les Anglais ont leur méthode : depuis 2003, la perfide Albion discute avec ardeur du bien-fondé d'une troisième piste pour l'aéroport de Heathrow. Les spécialistes et le gouvernement ont toujours affirmé la nécessité de cette extension, contre l'avis des écologistes et d'une bonne partie de l'opinion. Il aura fallu des millions d'heures pour tenter de les convaincre, et ce n'est qu'aujourd'hui que le projet commence à avancer. La méthode chinoise est différente : le Politburo du Comité central du PC décide d'un chantier jugé important à réaliser sur l'emplacement occupé par un vieux quartier. Le lendemain, mille bulldozers accompagnés de forces armées sont sur place, et tout est rasé dans la journée. Les rapports officiels peuvent dès lors proclamer qu'une nouvelle décision du Parti a été concrétisée sur le terrain.

Que vaut-il mieux ? Les Anglais se plaisent à railler leur propre lenteur, mais allez à Londres, où l'air est pur, et visitez ensuite Pékin, depuis longtemps plongé dans une situation catastrophique du point de vue écologique. Vous vous ferez vite une opinion.

Dans l'affaire de la forêt de Khimki, nos pouvoirs publics ont voulu s'y prendre à la chinoise. Mais cela n'a pas marché. Finalement, notre pays est plutôt européen, et pas seulement par une fantaisie de géographe. Alors, devons-nous conclure au happy end ? Rien n'est moins sûr.

Malgré sa gravité, ce problème n'est qu'un cas isolé. La machine d'Etat s'est heurtée à une résistance acharnée, encouragée par la voix éraillée du très populaire rocker engagé Iouri Chevtchouk, et elle a opté pour un repli tactique. Mais dans des milliers d'autres situations, pour certaines tout aussi graves, cette résistance n'est pas au rendez-vous. Et là, la méthode chinoise qui rase tout au bulldozer s'applique avec succès. Khimki n'est que l'exception qui confirme la règle.

Rome ne s'est pas faite en un jour. Nous n'allons pas nous transformer d'un coup en Anglais après avoir été Chinois. L'événement du 26 août constitue malgré tout une victoire, et, paradoxalement, une victoire pour l'Etat comme pour la société. Ces derniers temps, nombreux sont ceux qui ont eu l'impression que le pouvoir, lorsqu'il débattait avec ses opposants, faisait preuve non de bon sens et de respect de la saine concurrence politique, mais de brutaux instincts primaires. La "révolution verte" de ce mois d'août nous laisse espérer que les dirigeants russes n'ont pas perdu toute capacité à s'arrêter à temps. Toutefois, notre Histoire montre que, souvent, une première révolution est suivie d'une autre, à laquelle succède une contre-révolution. On ne peut donc pas parler de certitude rassurante, mais juste d'un faible espoir. Ce qui n'est déjà pas si mal.

 

Source: http://www.courrierinternational.com/

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Published by salzenstein - dans Russie
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